Interview de Claude Berhnard concernant l’avenir de l’ENGEES

Jeudi 25 janvier 2007, par David Dorchies // Actualités

Peux tu nous caractériser en quelques mots l’ENGEES actuellement ?

L’ENGEES reste avant tout une école d’hydraulique (au sens large intégrant tant l’aspect qualitatif que quantitatif) qui a vocation à former des ingénieurs directement opérationnels dans les domaines des équipements des collectivités (eau potable, assainissement, déchets), de l’aménagement du territoire et de la gestion des services publics. Le terme ‘environnement’ qui apparaît dans l’intitulé de l’établissement ne fait pas seulement référence au milieu naturel qu’il s’agit de préserver dans les opérations d’aménagement ou d’équipement. Il concerne aussi l’environnement économique, juridique et social qui doit être pris en compte pour la réussite des projets d’ingénierie. L’enseignement en formation initiale et continue de l’ENGEES est adossé à des laboratoires de recherche qui traduisent cette réalité puisque nous avons une unité de recherche centrée sur l’hydraulique urbaine, une autre sur l’aménagement du milieu naturel et une troisième en économie et sociologie. Les débouchés de l’ENGEES sont ouverts à la fois sur le secteur public d’Etat (ingénieurs de l’agriculture et de l’environnement du ministère chargé de l’Agriculture), des collectivités (communes et leurs groupements, syndicats intercommunaux, conseils généraux ), du secteur parapublic (agences de l’eau, compagnies d’aménagement) et du secteur privé (sociétés délégataires de services publics, bureaux d’études, entreprises de travaux).

Que devient le lien avec le Ministère de l’Agriculture ?

Si nous restons pleinement associés au Ministère de l’Agriculture et à son réseau des 18 établissements d’enseignement supérieur [1], il faut noter que la formation d’ingénieurs fonctionnaires d’Etat est devenue marginale (4 élèves fonctionnaires en 1ère année à la rentrée 2006). Face à la diminution des effectifs d’élèves ingénieurs fonctionnaires, nous sommes en discussion avec le Ministère de l’Agriculture pour contribuer à la formation de techniciens en lien avec l’INFOMA au travers de la licence professionnelle ‘Protection de l’environnement’ que nous avons montée en co-habilitation avec l’Université Louis Pasteur de Strasbourg. Nous essayons aussi de développer un partenariat privilégié avec le CNFPT tant pour la formation initiale que continue. Globalement, nous sommes maintenant plus en prise avec les débouchés des collectivités et des entreprises privées sachant que la formation aux métiers est indifférenciée.

Quelles sont les grandes évolutions de l’enseignement supérieur et de la recherche qui affectent l’ENGEES ?

Le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche est en forte évolution au niveau national dans un contexte de concurrence au plan européen et international. Les étudiants sont de plus en plus mobiles en Europe et à travers le monde par la mise en place du système L-M-D (licence – master – doctorat) qui assure la reconnaissance des diplômes sans frontières. L’attractivité et la lisibilité au niveau international deviennent essentiels pour le développement futur. Pour ce faire, il convient d’offrir un large panel de formations s’intégrant au L-M-D avec des possibilités d’accueil et de services aux standards internationaux pour la vie étudiante. A cette échelle, le rayonnement d’un établissement se mesure en grande partie par l’excellence de ses activités de recherche qui détermine fortement le classement des universités et écoles. Le modèle des grandes écoles et des classes préparatoires qui est spécifique à la France doit ainsi évoluer pour se rapprocher de l’Université qui correspond au standard de la structuration de l’enseignement supérieur et de la recherche au niveau international. Pour l’ENGEES, l’analyse menée au travers d’un projet d’établissement auquel l’AMENGEES a été largement associée, montre qu’il nous faut avant tout renforcer notre recherche et jouer la carte de l’intégration universitaire local. Nous avons la chance en effet à Strasbourg d’avoir une université scientifique de renom, citée régulièrement parmi les meilleures dans les classements internationaux.

De manière concrète comment se traduit cette stratégie de rapprochement universitaire ?

Une convention cadre a été signée le 23 novembre dernier entre l’ULP et l’ENGEES. En particulier elle permet à l’ENGEES de se coordonner avec les quatre écoles internes de l’ULP que sont l’ECPM([2]), l’ENSPS([3]), l’EOST([4]), et l’ESBS([5]) au sein de la fédération ESIS([6]).Cette fédération formant plus de 950 étudiants dans son ensemble couvre un large champ disciplinaire avec des possibilités des synergies intéressantes entre les formations qui garderaient cependant leur identité propre. Les premières actions fédératrices envisagées sont les suivantes :

· développer les actions de communication et de partenariat au plan national et international,

· développer les enseignements transversaux dans le domaine des langues et de la formation humaine, sociale et économique (FHSE),

· créer de nouveaux modules d’enseignement,

· conforter l’adossement à la recherche,

· renforcer le partenariat écoles-entreprises,

· favoriser les synergies en termes de vie étudiante.

Au-delà de la formation d’ingénieurs, le rapprochement avec l’ULP facilite le montage de nouvelles formations de type licence professionnelle et master en co-habilitation avec l’Université. De nouvelles perspectives s’ouvrent aussi en matière de structuration de la recherche et de formation continue.

Quelle est la prochaine étape de l’intégration universitaire ?

Un décret de rattachement de l’ENGEES en tant qu’école externe à l’ULP est prévu dans le prolongement de la convention cadre, conformément à l’article L719-10 du code de l’éducation. Cette formule de rattachement permet de conserver la tutelle du Ministère chargé de l’Agriculture ainsi que notre autonomie juridique et financière tout en affirmant des liens étroits avec l’université. Cette option de structuration juridique a été validée dans le cadre de la politique de pôles de compétences locaux d’enseignement supérieur et de recherche développée par le Ministère chargé de l’Agriculture depuis mai 2004 et avalisée par le conseil d’administration de l’école. Ce décret pourrait être publié au premier semestre 2007.

Au niveau international, l’ENGEES pourra alors se présenter comme l’établissement en charge de l’eau et de l’environnement de l’Université de Strasbourg. Nous y gagnerons en clarté et en reconnaissance scientifique de sorte que nous pourrons attirer véritablement des étudiants, des chercheurs et enseignants- chercheurs étrangers (du Nord comme du Sud). C’est le gage pour rester dans la course dans les années à venir. Au plan national, nous pourrons par contre continuer à nous présenter comme par le passé en tant qu’ENGEES, grande école bien identifiée des élèves de classes préparatoires et des employeurs.

Face à ces perspectives ambitieuses, les murs du bâtiment quai Koch ne vont-ils pas devenir trop petits pour contenir l’ENGEES à l’avenir ? un projet de pôle G2EI localisé sur le campus d’Illkirch-Graffenstaden a été évoqué pour répondre à ce souci ?

Pour le moment nous venons de conforter notre situation dans le bâtiment existant en obtenant le bénéfice d’un bail emphytéotique d’une durée de 18 ans de la part de la ville de Strasbourg, propriétaire des locaux. Nous avons effectivement déjà besoin de nouvelles salles et d’espaces pour le développement des formations et de la recherche. Ainsi, des travaux d’un montant de 1,3 Million d’Euros sont programmés pour mettre en sécurité les locaux et mieux les mobiliser dans les 3 ans à venir.

La question se pose cependant du développement à moyen et long terme car il ne restera plus de solution d’extension dans le bâtiment existant. Rien n’est arrêté à ce niveau mais nous étudions déjà différentes pistes avec nos partenaires. L’une d’entre elles qui a été présentée dans le cadre du Contrat de Projet Etat – Région 2007-2013 concerne la construction d’un grand bâtiment de 25 000 m² sur le campus d’Illkirch - Graffenstaden. Il s’agirait de regrouper à la fois l’ENGEES, l’EOST et l’IMFS[7] en proximité avec l’ENSPS et l’ESBS. Cet ambitieux projet de pôle G2EI (Géosciences, Eau et Environnement, Ingénierie ), chiffré à plus de 40 millions d’Euros, mérite étude et ne pourrait se concrétiser le cas échéant que dans un horizon assez lointain. Il impliquerait certes de quitter en tout ou en partie le bâtiment actuel quai Koch auquel nous sommes tous beaucoup attachés. Mais il serait dommage, me semble t-il, de nous priver de projets de développement futurs sous ce prétexte. Indiquons aussi qu’à ce stade aucune option n’est encore définie avec précision. Développements à suivre donc, en étroit lien avec les représentants de l’AMENGEES …

Claude BERNHARD
Directeur de l’ENGEES


[1] En particulier, C. BERNHARD est président de la CDESA – Conférence des Directeurs d’Enseignement Supérieur Agricole

[2] Ecole Européenne Chimie Polymères Matériaux.

[3] Ecole Nationale Supérieure de Physique de Strasbourg.

[4] Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre.

[5] Ecole Supérieure de Biotechnologie de Strasbourg.

[6] Ecoles des Sciences de l’Ingénieurs de Strasbourg.

[7] Institut de Mécanique des Fluides de Strasbourg

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